Entre Fort Cochin et Kolam
Par paolo | Publié dans IndeRecits > paolo > Entre Fort Cochin et Kolam
Voyage sur l'eau
Entre Fort Cochin et Kolam, le Kerala se compose d'immensités dominées par l'eau.
L'eau des marais, salés ou non, selon proximité avec la mer, l'eau des canaux, creusés ou aménagés au milieu, l'eau des rizières, l'eau des lacs où se déroulent en été des joutes sportives...
Certains endroits ne sont accessibles que par bateaux, et les habitants empruntent des "ferry" publics comme les vénitiens le font pour aller d'un quartier à l'autre. Beaucoup ont leurs propres barques, à moteur ou à pagaies.
Délaissant les "tours" touristiques proposés à Cochin pour faire un circuit Cochin-Allepey-Cochin, ou bien encore les circuits Allepey-Kovalam, ce qui a certainement son charme mais je n'ai pas le temps de tout faire, j'ai décidé d'aller d'Allepey à Kolam en "backwater".
Il s'agit d'un bateau contenant 20 à 25 personnes dont le toit a été aménagé pour que les voyageurs puissent s'y asseoir pour profiter à tous vents des paysages. Partant à 10h30 pour un voyage d'environ 65km, nous sommes arrivés à 18h30, après une étape déjeuner d'une demi-heure et une pause café d'un quart d'heure.
Nous n'étions qu'une douzaine. Essentiellement des touristes, occidentaux, ainsi qu'un couple d'indiens accompagnés de leurs deux enfants et d'un ami, tous émigrés à Singapour; puants de fric ; j'ai failli passer l'ami du couple par dessus bord, exaspéré par son téléphone portable qui n'arrêtait pas de sonner... en pleine nature, merveilleuse de quiétude, de verdure et d'authenticité !!
8 heures dans une même aventure, à naviguer lentement au milieu des rizières, croisant des villageoises occupées à laver leur linge sur les marches du canal devenues lavoir, saluant des gosses tout souriant qui crient "hello, one pen, one pen !" en agitant la main, photographiant des hommes sur leur bateau occupés à décharger la pêche du jour ou à réparer leurs filets ; 8 heures à s'échanger les places, soleil, pas soleil, bâbord, tribord, pour mieux photographier, lire, écouter de la musique... 8 heures à échanger, à se raconter le début de notre séjour, les destinations prévues ensuite, les voyages précédents, la vie dans son pays.
C'est ainsi que j'ai croisé ce jour là Adam et son amie, américains tous deux, de San Francisco ; lui venu enseigner l'anglais, dans une école d'un village du Karnataka, elle pour assister dans un hôpital ; une mission de 2 mois. Ils s'accordaient tous deux 8 jours de congés dans les backwaters puis sur les plages du Kerala.
Et puis cet espagnol, avec un anglais sans l'accent de son pays, mais avec un accent français, ce qui prêtait à confusion pour chaque anglophone ; en Inde depuis 2 mois, déjà bien "intégré" : lunghee sur les hanches, colifichets et bracelets partout, cheveux longs relevés en chignon sur la tête... sourire aux lèvres et s'émerveillant comme un gosse devant la beauté de la nature.
Cet australien, taciturne, tout habillé de marques, i-pod aux oreilles, livre et lunettes noires, qui s'est finalement déridé et ouvert à nous après la pause café de l'après-midi lorsque j'ai partagé mes biscuits au milieu de la tablée, l'obligeant à dire merci et nous parler. Enfin.
Ce couple middle class british, lui crachant ses poumons à chaque première bouffée de cigarette qu'il allumait pourtant à peine avoir terminé la précédente, avec qui j'ai partagé la table du déjeuner mais qui ne m'ont plus adressé la parole lorsque lors des habituelles présentations j'ai dit être français ; et un coup de vent a soudainement soulevé en fin de repas ma feuille de bananier me servant d'assiette, pour la projeter... sur le tee-shirt blanc de mon anglaise de voisine assise face à moi, avec sauce au curry et restes de poisson et riz... Acte manqué ? "No no" m'a t'elle dit devant mes sorry, sorry "It's not your fault, it's the wind". C'est le vent.
Et pour finir un couple dont l'homme photographiait sans cesse, avec 2 appareils dont l'un avec téléobjectif, à qui j'avais laissé mon siège au début du voyage pour qu'ils puissent être ensemble et sur l'avant et qui ne m'ont plus parlé avant que nous nous retrouvions tous, les uns sur les autres, à la fin du voyage, cloîtrés dans l'intérieur du bateau : essuyant soudainement un orage assez important, le bateau s'est arrêté au milieu d'un lac, sans visibilité aucune, et nous tous à l'intérieur en train, qui de s'inquiéter, qui de photographier à tour de bras les éclairs, la pluie drue et imposante, les vagues qui s'agitaient de plus en plus, les bateaux qui nous frôlaient dans un brouillard de pluie, qui de s'extasier et de se mouiller jusqu'aux os, sur le pont, pour mieux voir ce phénomène temporaire de la Nature...
Ce couple m'a soudainement parlé, car il avait repéré que j'étais français et ils parlaient tous les deux ma langue. Ils sont "yougoslaves". C'est eux-mêmes qui mettent les guillemets. Ils continuent à répondre "Yougoslavie" quand on leur demande leur pays car Servie, Slovaquie, Monténégro, Kosovo... ces noms ne sont pas connus ou bien ont une mauvaise résonance. Ils sont de Belgrade ou des environs. Lui est ingénieur en physique mathématique à l'université (recherche). Elle programme sur informatique pour une boite installant des réseaux GSM. Venus il y a 10 ans au Nord de l'Inde, ils sont là, pour 2 semaines, après une liste d'attente infructueuse pour un voyage au Vietnam. Ils n'arrêtent pas de voyager, dès que l'occasion s'en présente.
Nous avons tous trois partagés un taxi pour aller de Kolam à Varkala : il était tard, il fallait autrement prendre 2 bus, il pleuvait et nous étions chargés. Les autres ont préféré l'expédition en bus ; ils sont plus jeunes. Je n'avais pas le courage de les suivre, surtout après avoir vu la tête des bus en question : lignes publiques, foule entassée prenant d'assaut le bus avant même qu'il s'arrête.
Arrivés par nuit noire dans cette station, nous avons échoués dans un triste hôtel, même si confortable. Sans doute un endroit à commission pour le chauffeur. Et nous y avons mal dîné.
Mais la journée fut tellement riche de si belles choses et de quiétude et repos
Informations complémentairesMois du départ : AvrilMétéo : Grand soleil ! Temperature : 25-30°c Type de séjour : Farniente |
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